Pourquoi mon psy fait le mort quand je lui pose une question ?

Le silence de votre psychothérapeute ou de votre psychanalyste à Monéteau pourrait être stratégique...

"Pourquoi mon psy fait le mort quand je lui pose une question ?"

Spoiler : ce n'est pas parce qu'il s'ennuie.

 

Scène de crime classique du cabinet de psy :

Vous prenez votre courage à deux mains, vous posez une question qui vous tient à cœur depuis trois séances : "Vous pensez quoi de ce que je viens de dire ?", votre thérapeute vous regarde avec la sérénité d'un moine tibétain en vacances, marque une pause digne d'un dramaturge, et répond : "Et vous, qu'est-ce que ça vous évoque ?"

Ou, variante avancée : silence absolu. Vous repartez avec votre question intacte, une légère envie de claquer la porte, et la vague impression d'avoir payé une séance pour parler à un meuble. Un meuble attentif, certes. Mais un meuble.

 

Avant d'annuler votre prochain rendez-vous : il y a une explication. Et elle tient la route.

 

L'analyste-miroir : pas un défaut de personnalité, une technique

 

En 1912, Freud publie ses Conseils aux médecins sur le traitement analytique. Il y décrit l'attitude que doit adopter l'analyste avec deux métaphores qui ont traversé le siècle.

 

La première : l'analyste doit se comporter comme un miroir, renvoyant au patient ce que le patient lui montre, sans y ajouter ses propres opinions, ses propres valeurs, ses propres névroses (il en a, comme tout le monde, mais il a fait sa propre analyse pour apprendre à les ranger).

 

La deuxième, moins glamour mais tout aussi précise : l'analyste doit "tourner vers l'inconscient émetteur du malade son propre inconscient en tant qu'organe récepteur, se régler sur l'analysé comme le récepteur du téléphone est réglé sur la platine."

 

Traduction : pour entendre ce que vous ne dites pas encore vous-même, l'analyste doit faire silence en lui. S'il parle, il couvre le signal. Si votre thérapeute passait la séance à vous raconter sa semaine, à valider vos choix ou à commenter vos ex, vous seriez sans doute mieux divertis, mais considérablement moins soignés.

 

La neutralité bienveillante : l'art d'être là sans être envahissant

Cette posture a reçu un nom officiel : la neutralité bienveillante. Concept introduit par Edmund Bergler en 1937, repris et théorisé dans la Revue française de psychanalyse (2007).

 

Souvent comprise comme une manière d'effacer les affects du thérapeute, celle-ci se rapproche davantage d'une forme de non-normativité : votre psychothérapeute ou votre psychanalyste s'applique à ne pas vous imposer ses normes personnelles ou sociales, on retrouve cette même posture sous une forme un peu différente en thérapie systémique stratégique.

 

Le nom est paradoxal, et c'est voulu. Cette neutralité n'exclut ni la sympathie ni un véritable investissement du patient. Votre thérapeute n'est pas un robot. Il ressent des choses. Il a des opinions. Il lui arrive probablement de trouver certains de vos choix discutables. Mais l'attitude de neutralité qu'on attend de l'analyste suppose que ses valeurs religieuses, morales et sociales ne s'invitent pas dans la cure. 

 

Dit autrement : si votre thérapeute vous donnait son avis sur votre rupture, votre relation avec votre mère ou votre reconversion professionnelle, il importerait dans l'espace thérapeutique ses angles morts, ses schémas, ses biais. Ce serait de la conversation. Pas de l'analyse. Et vous payez pour l'analyse.

 

Le transfert : vous ne parlez pas à qui vous croyez

Voici où ça devient vraiment intéressant... et un peu déstabilisant.

En thérapie, vous ne parlez jamais tout à fait à la personne en face de vous. Vous parlez aussi, sans le savoir, à votre père, votre mère, votre grande sœur, le directeur qui vous a rabaissé à vingt-deux ans. Vos schémas relationnels anciens, vos façons d'aimer, de vous soumettre ou de vous rebeller. Tout cela se transfère sur la figure du thérapeute.

 

Freud le théorise dès 1912 dans Sur la dynamique du transfert. Laplanche et Pontalis (1967) définissent le transfert comme "le processus par lequel les désirs inconscients s'actualisent sur certains objets dans le cadre d'un certain type de relation", éminemment dans la relation analytique.

 

Maintenant, comprenez pourquoi le silence du thérapeute est stratégique : la neutralité de l'analyste "n'est pas seulement ce qui laisse jouer plus librement d'autres facteurs, mais elle est, par elle-même, un facteur essentiel pour la création du transfert."

 

En clair : si votre thérapeute se comporte comme une vraie personne avec des opinions bien tranchées, vos vieux fantômes n'ont pas de surface sur laquelle se projeter. Et sans projection, pas d'analyse possible. C'est comme essayer de voir un film sur un écran qui gesticule.

 

"C'est pour le travail" : frustrant, mais honnête

Quand votre psychanalyste répond "c'est pour le travail" à votre "pourquoi vous faites ça ?", il dit en réalité quelque chose de cliniquement précis : je ne vais pas vous donner une explication rationnelle qui satisferait votre besoin de maîtrise mais court-circuiterait ce qui est en train de se passer entre nous.

 

C'est court. C'est un brin agaçant. Mais Freud lui-même, dans une lettre à Ferenczi en 1928, admettait rétrospectivement que ses conseils techniques "étaient essentiellement de nature négative (accentuer ce qu'on ne devait pas faire) et que le positif (les bonnes pratiques), il l'avait laissé à la discrétion du tact de chacun."

 

Le tact. Voilà le vrai nom de ce que vous prenez pour du silence.

 

Attention : la neutralité n'est pas une excuse universelle

Nuance importante : la neutralité bienveillante est une présence ajustée, pas une disparition.

Il peut ne s'agir que d'une pseudo-neutralité quand l'analyste reste impassible face à certaines situations. Un psychothérapeute qui ne dit jamais rien, qui ne s'implique jamais, qui vous laisse dériver sans aucun repère, ce n'est pas de la méthode. C'est du retrait défensif en costume trois pièces.

 

Si vous avez le sentiment que votre thérapeute est non seulement discret mais absent, cette impression vaut la peine d'être dite. Dans la séance. À voix haute. C'est d'ailleurs, une fois de plus, exactement pour ça que vous êtes là.

 

FAQ - Vos questions qui reviennent souvent

Mon psy a-t-il le droit de ne jamais répondre à mes questions ?

En psychanalyse, oui : c'est une position technique documentée, pas un manquement relationnel. En TCC ou en thérapie systémique, la dynamique est très différente : le thérapeute est plus directif. Si le silence vous est insupportable, ça vaut la peine d'explorer d'autres approches, ou d'en parler avec lui.

 

Puis-je demander des explications sur sa méthode ?

Oui, et tout thérapeute sérieux peut vous expliquer son approche en dehors des séances, notamment lors des entretiens préliminaires. Ce qu'il ne fera pas, c'est commenter chaque intervention au fil de la cure. Ce serait du méta, pas de l'analyse.

 

Et si son silence m'agace vraiment ?

Magnifique. Dites-le lui. "Ça m'énerve que vous ne répondiez pas" est exactement le genre de phrase qui ouvre quelque chose en séance. Souvent bien plus que la réponse que vous attendiez.

 

Est-ce que ça veut dire qu'il ne me juge pas ?

En principe, oui. Le travail d'identité et d'appropriation subjective ne peut se faire que dans une nécessaire non-normativité. Ce qui se passe dans ce cabinet est, en théorie, un des rares espaces où vous pouvez dire n'importe quoi sans que quelqu'un lève les yeux au ciel. Profitez-en.

 

Vous pensez sauter le pas ? Prenez rendez-vous à Auxerre (Monéteau), Versailles, ou en ligne, selon ce qui vous convient le mieux.

 

Références bibliographiques

Freud, S. (1912a). Conseils au médecin pour le traitement psychanalytique. Dans La technique psychanalytique (pp. 61–71). PUF (éd. 1953).

 

Freud, S. (1912b). Sur la dynamique du transfert. Dans La technique psychanalytique (pp. 50–60). PUF (éd. 1953).

 

Freud, S. (1915). Observations sur l'amour de transfert. Dans La technique psychanalytique (pp. 116–130). PUF (éd. 1953).

 

Laplanche, J., & Pontalis, J.-B. (1967). Vocabulaire de la psychanalyse. PUF.

 

Natanson, J. (2001). L'évolution du concept de transfert chez Freud. Imaginaire & Inconscient, 2(2), 7–19. 

 

Revue française de psychanalyse. (2007). Neutralité bienveillante (Vol. 71, n° 3). PUF.

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