Ce que la toilette obsessionnelle de votre félin dit (peut-être) de vous

j'ai des tocs et je projette sur mon chat, qui consulter a auxerre ou en ligne

"Mon chat se lèche depuis 20 minutes. A-t-il un TOC... ou c'est moi ?"

Ce que la toilette obsessionnelle de votre félin dit (peut-être) de vous

Scène du quotidien. Vous regardez votre chat se lécher la patte droite, puis la gauche, puis derrière l'oreille, puis recommencer depuis le début avec une méticulosité qui ferait rougir un chirurgien cardiologue un lundi matin. Cela dure depuis vingt minutes. Vous commencez à vous interroger sérieusement sur son état mental. Ou peut-être (et c'est là que ça devient intéressant) sur le vôtre...
Parce que pendant que vous l'observez, une petite voix intérieure vous murmure : "Est-ce que j'ai bien fermé le gaz avant de partir ?" Et vous vous souvenez que vous êtes déjà retourné vérifier. Deux fois. Ce matin.
Bonne nouvelle : votre chat va probablement très bien. Moins bonne nouvelle : cet article n'est peut-être pas pour lui.
Si vous pensez avoir des TOCs, et cherchez à consulter un thérapeute à Versailles, à Auxerre, ou en ligne, suivez ce lien ou celui en fin de page. Et si vous vous posez la question, ou êtes simplement curieux, bienvenue dans cet article...

D'abord, rassurons-nous sur le chat

Un chat passe entre 30 et 50 % de ses heures d'éveil à se toiletter. C'est normal, adaptatif, et parfaitement sensé d'un point de vue éthologique. Ce n'est problématique (on parle alors de surgrooming ou toilettage excessif) que lorsque le comportement laisse des plaques de peau nue, souvent lié à un stress environnemental ou à une douleur sous-jacente.
Autrement dit : le chat qui se lèche abondamment n'a pas de TOC... Mais il vous a peut-être donné une idée.

Les TOC : quand le rituel prend le pouvoir

Le trouble obsessionnel-compulsif (le vrai, le clinique, celui qui concerne les humains) est une réalité bien documentée. L'association d'obsessions et de compulsions forme le trouble obsessionnel compulsif, dont les critères diagnostiques sont définis par le DSM-5 (APA, 2015).
Concrètement, ça ressemble à quoi ? À une personne qui ne peut pas quitter son appartement sans vérifier que la porte est fermée : pas une fois, pas deux fois, mais sept fois exactement, toujours dans le même ordre, et si elle perd le fil au bout de la quatrième, elle recommence depuis le début. À quelqu'un qui doit se laver les mains pendant exactement deux minutes trente après avoir touché une poignée de porte, au risque d'une angoisse insupportable. À un parent qui, la nuit, doit se lever pour vérifier que son enfant respire et qui se retrouve à le faire dix fois par nuit, en sachant parfaitement que c'est absurde, incapable de s'arrêter.
Le piège élégant du TOC, c'est que les compulsions ne procurent ni plaisir ni satisfaction : elles n'apportent qu'un soulagement temporaire, avant le retour des pensées anxiogènes. On vérifie, on recommence, non pas parce que c'est agréable, mais parce que ne pas le faire est insupportable.
Les TOC touchent 2 à 3 % de la population. Dans les cas sévères, certains patients peuvent passer plusieurs heures par jour à accomplir des rituels compulsifs, entraînant un handicap majeur dans leur vie quotidienne, familiale, sociale ou professionnelle.
Et contrairement à ce qu'on imagine souvent, la personne atteinte de TOC est généralement consciente de l'absurdité de ses comportements et en ressent de la honte et de la culpabilité. Ce n'est pas un manque de raison. C'est de l'anxiété qui a trouvé un exutoire rituel et qui s'y accroche avec une force redoutable.

Ce que la psychanalyse en dit : le rituel comme langage

Freud le premier, dans son analyse célèbre de L'homme aux rats (1909), a théorisé la névrose obsessionnelle. Son patient, un officier viennois, était terrorisé par une pensée obsédante : qu'un supplice impliquant des rats soit infligé à son père et à la femme qu'il aimait. Pour conjurer cette pensée insupportable, il s'engageait dans des rituels de plus en plus complexes. Freud y voit un conflit intrapsychique entre les pulsions du patient et son surmoi, faisant naître culpabilité, anxiété et rituels conjurateurs. 
La lecture psychanalytique n'est pas de rendre le patient responsable de son TOC, mais d'entendre ce que le rituel dit : ce qu'il tente de contenir, de conjurer, de maîtriser. Comme dirait Lacan : le symptôme n'est pas le problème, c'est la solution que le sujet a trouvée à un problème qu'il ne peut pas encore formuler autrement.
Le comportement répétitif n'est donc pas à éliminer comme on enlèverait un parasite : c'est un signal sur ce qui cherche à s'exprimer. Moins à la main qui se lave qu'à ce que cette main tente de ne pas avoir fait.

Ce que l'EMDR apporte : remonter à la source

Les scientifiques ont constaté que les traumatismes et les TOC sont souvent associés. De nombreux psychiatres commencent à constater que la plupart des traitements des TOC restent sans effet si le traumatisme passé du patient n'a pas été traité. 
Imaginez quelqu'un dont les rituels de vérification ont débuté après un cambriolage traumatisant. Ou une personne dont les compulsions de nettoyage ont explosé après une agression. La TCC seule peut aider, mais si le souvenir traumatique n'a jamais été retraité, le terrain reste instable.
C'est précisément là qu'intervient l'EMDR. La thérapie EMDR standard commence généralement par le traitement des événements passés, censés avoir précipité le trouble. Elle s'attaque ensuite aux déclencheurs actuels et crée des modèles pour les événements futurs souhaités. 
Les résultats sont encourageants : l'EMDR se révèle être un traitement capable de réduire les compulsions et de prévenir les rechutes de TOC, avec un très faible taux d'abandon de la part des patients. Ce n'est pas une baguette magique, mais pour les patients chez qui le TOC s'est développé sur fond de traumatisme non traité, c'est souvent la clé qui manquait.

Ce que la systémique stratégique propose : casser le cercle vicieux

L'approche systémique stratégique, issue de l'École de Palo Alto et développée notamment par Giorgio Nardone, part d'un constat aussi simple qu'efficace : ce sont souvent les solutions tentées qui maintiennent paradoxalement le problème en place. 
Prenez quelqu'un qui souffre de pensées intrusives. Pour les faire taire, il se met à vérifier, à rassurer, à éviter. Et plus il vérifie, plus l'anxiété grossit — parce que chaque vérification envoie au cerveau le message implicite "il y a effectivement un danger". Le remède est devenu le poison.
L'anxiété, les phobies, les attaques de panique et les TOC sont souvent maintenus par des tentatives de contrôle qui aggravent le problème. 
La thérapie stratégique propose alors de faire exactement l'inverse de ce qui a échoué jusqu'ici, parfois avec des prescriptions paradoxales qui peuvent paraître surprenantes au premier abord. Par exemple, demander à quelqu'un qui vérifie compulsivement de programmer ses vérifications à un moment précis de la journée, rendant le rituel volontaire, et lui retirant ainsi sa fonction anxiolytique automatique. Ces prescriptions sont parfois paradoxales, puisqu'elles amènent parfois à faire l'inverse de ce que le patient a trouvé jusqu'à maintenant logique de mettre en place. 
Résultat : une approche brève, ciblée, qui ne cherche pas pourquoi le problème est apparu mais comment il se maintient et comment l'interrompre.

Psychanalyse, EMDR ou systémique — comment choisir ?

Les trois ne s'excluent pas. Ils répondent à des questions différentes, et se combinent souvent dans la pratique.
La psychanalyse demande : qu'est-ce que ce symptôme dit de moi, de mon histoire, de mes conflits internes ?
L'EMDR demande : y a-t-il un traumatisme passé qui alimente ce comportement et que mon cerveau n'a pas pu digérer ?
La systémique stratégique demande : qu'est-ce que je fais en ce moment qui maintient le problème en place et comment faire autrement ?
Un premier entretien permet de comprendre quel angle correspond le mieux à votre situation. Votre chat, lui, n'a pas besoin de choisir...

FAQ

Comment savoir si j'ai un TOC ou juste des habitudes un peu rigides ?

Le critère clé est la souffrance et l'impact sur le quotidien. Les obsessions et compulsions doivent prendre beaucoup de temps (plus d'une heure par jour) ou causer une détresse significative ou une altération du fonctionnement. Des rituels rassurants qui ne vous empêchent pas de vivre, ce ne sont pas des TOC. La différence entre vérifier une fois que le gaz est fermé et vérifier sept fois en recommençant depuis le début si on perd le fil : c'est là que le curseur bascule.

Les TOC peuvent-ils disparaître sans traitement ?

Rarement. Le TOC débute généralement de façon progressive et devient habituellement chronique, fluctuant avec des hauts et des bas pouvant être influencés par des stresseurs aigus ou chroniques. Une période de stress intense (un deuil, une naissance, un changement professionnel,...) peut les aggraver notablement. Mieux vaut ne pas attendre.

L'EMDR est-il efficace pour les TOC ?

Les résultats sont prometteurs, notamment quand le TOC est associé à un traumatisme. Diverses études ont démontré que 15 à 40 % des patients atteints de TOC ne répondent pas à la psychothérapie habituelle. L'EMDR peut alors être une méthode utile.

Et mon chat, vraiment ?

Consultez un vétérinaire si le toilettage laisse des plaques. Sinon, profitez du spectacle. Il gère son anxiété mieux que la plupart d'entre nous, et sans se poser de questions existentielles !

Références bibliographiques

Böhm, K. (2022). Utilisation de l'EMDR dans le traitement des TOC. Dans C. Tarquinio et al., Pratique de la psychothérapie EMDR (2e éd., pp. 425–439). Dunod. 
Clair, A.-H. (2016). Clinique du TOC. Dans A.-H. Clair & V. Trybou, Comprendre et traiter les TOC (2e éd., pp. 3–19). Dunod.
Freud, S. (1909). L'homme aux rats : journal d'une analyse (trad. E. Hawelka). PUF (éd. 1974).
INSERM. (2023). Troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Institut national de la santé et de la recherche médicale.
Laplanche, J., & Pontalis, J.-B. (1967). Vocabulaire de la psychanalyse. PUF.
Nardone, G., & Watzlawick, P. (2000). Stratégie de la thérapie brève. Seuil.
Vitry, G. (2022). La thérapie brève systémique stratégique. LACT.

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